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Report modal : comment faire passer vos marchandises de la route à la voie d'eau (guide 2027)

L'Europe veut davantage de marchandises sur le rail et sur l'eau, et moins sur la route. Pour les chargeurs, ce n'est plus seulement une ambition politique : la hausse des coûts routiers, la pénurie de chauffeurs, les embouteillages et le reporting CO2 poussent tous dans la même direction. Ce guide explique ce qu'est le report modal, pourquoi il compte aujourd'hui, ce qui le freine et comment planifier pas à pas le passage de la route au transport fluvial.

29 oct. 2026 8 min de lecturePar Seafar
Bateau-citerne à gaz naviguant sur un large fleuve
En bref
  • Le report modal consiste à transférer des marchandises d'un mode de transport à un autre, le plus souvent de la route vers le rail ou la voie d'eau.
  • L'UE veut que le transport fluvial et le transport maritime à courte distance progressent de 25 % d'ici 2030 et de 50 % d'ici 2050.
  • En réalité, la route assurait encore 78 % du transport terrestre de marchandises dans l'UE en 2023, et la part du rail et de la voie d'eau recule.
  • Un grand bateau fluvial émet environ trois fois moins de CO2 par tonne-kilomètre qu'un poids lourd.
  • Les principaux freins sont le pré- et post-acheminement, le temps de transport et la pénurie d'équipage. La conduite à distance aide à lever ce dernier.

Qu'est-ce que le report modal (modal shift) ?

Le report modal, ou modal shift en anglais, est le transfert de marchandises d'un mode de transport à un autre. En pratique, il s'agit presque toujours de faire passer des marchandises de la route vers le rail ou la voie d'eau, moins chers à la tonne-kilomètre pour de grands volumes et moins émetteurs de CO2.

La notion est étroitement liée à la répartition modale : la part de chaque mode dans le transport total de marchandises. Quand les décideurs parlent de report modal, ils veulent faire basculer cette répartition en faveur du rail et de l'eau.

Transport intermodal, multimodal et combiné : la différence

Le report modal signifie rarement l'abandon complet du camion. La plupart des reports combinent plusieurs modes. Trois notions reviennent sans cesse :

  • Transport multimodal : les marchandises voyagent avec au moins deux modes différents, par exemple camion et bateau, sous un seul contrat de transport.
  • Transport intermodal : une forme de transport multimodal dans laquelle les marchandises restent dans la même unité de chargement, comme un conteneur ou une caisse mobile, de l'origine à la destination. Seule l'unité est transbordée, pas les marchandises elles-mêmes.
  • Transport combiné : un transport intermodal dans lequel la plus grande partie du trajet se fait par rail ou par voie d'eau, et les trajets routiers au départ et à l'arrivée sont aussi courts que possible.

Pour les chargeurs, le transport intermodal de conteneurs par voie d'eau est souvent la solution la plus accessible : un camion amène le conteneur au terminal le plus proche, un bateau couvre la longue distance, et un camion assure le dernier tronçon.

Pourquoi le report modal et la logistique durable sont essentiels aujourd'hui

L'orientation politique est claire. Avec le Pacte vert pour l'Europe, l'UE veut transférer une part importante du transport terrestre de marchandises qui passe aujourd'hui par la route vers le rail et la voie d'eau. La Stratégie de mobilité durable et intelligente (2020) l'a traduit en étapes concrètes : le fret ferroviaire doit progresser de 50 % d'ici 2030 et doubler d'ici 2050, et le transport fluvial et maritime à courte distance doit croître de 25 % d'ici 2030 et de 50 % d'ici 2050.

La réalité évolue en sens inverse. Selon les chiffres d'Union TLF fondés sur les données d'Eurostat, la route assurait en 2023 78,1 % du transport terrestre de marchandises dans l'UE, contre 16,9 % pour le rail et 5 % pour la voie d'eau. La part combinée du rail et de la voie d'eau est passée de 26,1 % en 2014 à 21,9 % en 2023. Autrement dit : l'écart entre l'ambition et la pratique se creuse.

Source : Union TLF (2026), d'après les données d'Eurostat, part des tonnes-kilomètres du transport terrestre de marchandises dans l'UE en 2023.

Pour les chargeurs, la pression vient de plusieurs côtés à la fois :

  • Coûts : le transport routier renchérit avec les péages, la tarification du CO2 et les salaires.
  • Pénurie de chauffeurs : recruter des chauffeurs routiers devient de plus en plus difficile partout en Europe.
  • Embouteillages : autour de ports comme Anvers et Rotterdam, la congestion rend les délais de livraison moins prévisibles.
  • Reporting : avec la CSRD, de nombreuses entreprises doivent déclarer les émissions de leur chaîne logistique, ce qui rend visible le choix du mode de transport.
Camions dans les embouteillages sur le ring d'Anvers près du port
Autour de ports comme Anvers, la congestion rend les délais de livraison par la route moins prévisibles.

Les arguments économiques du report modal vers le transport fluvial

Pourquoi le transport fluvial en particulier ? Parce qu'il réunit trois atouts qui comptent pour les chargeurs :

  • Moins d'émissions de CO2 : les mesures de TNO pour Topsector Logistiek donnent pour un grand bateau rhénan environ 0,031 kg de CO2 par tonne-kilomètre, contre environ 0,105 kg pour un camion de plus de 20 tonnes avec remorque.
  • Des coûts de transport plus bas pour de grands volumes : un seul bateau transporte la charge de dizaines de camions avec un seul moteur et un petit équipage. Un bateau de 1 200 tonnes remplace environ 50 camions ; les plus grands environ 220.
  • Capacité disponible et prévisibilité : de nombreuses voies navigables ont encore de la place pour davantage de trafic, et un bateau n'est pas pris dans les bouchons.
Source : TNO pour Topsector Logistiek, Meten op schepen (2023)
Bateau fluvial de vrac chargé sur un large fleuve
Un seul bateau fluvial chargé transporte la cargaison de dizaines de camions.

La comparaison complète des coûts, des émissions, de la capacité et de la vitesse se trouve dans notre guide transport fluvial ou transport routier. En résumé : pour de grands volumes sur moyenne et longue distance, la voie d'eau l'emporte généralement sur le coût logistique total.

Les freins au report modal, et comment les lever

Si les avantages sont si clairs, pourquoi tant de marchandises restent-elles sur la route ? Parce que le report modal se heurte à de vrais obstacles pratiques. Chacun peut être surmonté.

FreinCe que cela signifieComment le lever
Pré- et post-acheminementVotre site n'est pas au bord de l'eau, un camion couvre donc une partie du trajetChoisissez un terminal proche du départ et de la destination ; limitez les trajets routiers
TransbordementLe chargement et le déchargement au terminal coûtent du temps et de l'argentUtilisez des unités de chargement standard comme les conteneurs, pour ne déplacer que l'unité
Temps de transportUn bateau est plus lent qu'un camionPrévoyez une marge ; utilisez la voie d'eau pour des flux au délai de livraison prévisible
VolumeUn bateau n'est rentable qu'avec suffisamment de cargaisonRegroupez les flux, travaillez avec des départs réguliers ou partagez la capacité avec d'autres chargeurs
Basses eauxLors des étés secs, les bateaux sur le Rhin chargent moinsPrévoyez des bateaux plus petits ou un stock tampon pendant les périodes de basses eaux
Capacité et équipagePlus de marchandises sur l'eau exige plus de bateaux et plus de bateliersTravaillez avec des opérateurs capables de monter en charge, notamment grâce à la conduite à distance

Ce dernier frein est facile à négliger, mais il est fondamental. Dans son rapport de 2026, Union TLF voit dans le transport routier de conteneurs sur plus de 300 kilomètres l'une des opportunités les plus claires de report modal, tout en avertissant que le rail et la voie d'eau n'ont peut-être pas aujourd'hui la capacité d'absorber ces volumes. Sans assez de bateaux ni d'équipages, le report modal cale, aussi solide que soit la business case.

Planifier un report modal en six étapes

Un report modal réussi commence petit et grandit. Ces six étapes vous aident à passer de l'idée à des flux réguliers :

  1. Cartographiez vos flux de marchandises. Listez vos principaux itinéraires avec volumes, fréquence, distance, délai de livraison et type de marchandises. Les flux réguliers et volumineux sur de longues distances sont les meilleurs candidats.
  2. Sélectionnez les corridors les plus prometteurs. Cherchez des itinéraires dont l'origine et la destination sont proches d'une voie navigable ou d'un terminal à conteneurs. Les flux de conteneurs longue distance et le vrac sont généralement les mieux placés.
  3. Vérifiez les infrastructures. Quels terminaux se trouvent à proximité, quelles tailles de bateaux la voie navigable accepte-t-elle, et à quelle fréquence les bateaux partent-ils ? Parlez-en avec le terminal et le port.
  4. Consultez les opérateurs. Demandez aux opérateurs fluviaux et aux prestataires logistiques une offre couvrant toute la chaîne, y compris les trajets routiers et le transbordement, afin de comparer le coût logistique total et pas seulement le prix du fret.
  5. Lancez un pilote. Transférez un flux pendant quelques mois. Mesurez le temps de transport, la fiabilité, les coûts et le CO2, et impliquez vos clients et planificateurs.
  6. Mesurez et généralisez. Calculez vos émissions par envoi selon la norme ISO 14083 ou le GLEC Framework, communiquez le résultat et étendez le report à d'autres flux.

Comment la conduite à distance rend le report modal possible à grande échelle

Le report modal exige davantage de capacité fluviale, et cette capacité se heurte à une limite stricte : les personnes. Il manque des bateliers, et une pénurie de 1 500 à 2 000 bateliers est attendue d'ici 2035. Cela fait monter les coûts : selon un calcul de référence de Seafar, les coûts d'équipage représentent déjà environ 40 % des coûts d'exploitation d'un bateau à équipage traditionnel.

La conduite à distance aide à lever ce goulet d'étranglement. Un Remote Operator certifié dans un Remote Operation Center (ROC) reprend des tâches de l'équipage à bord, de sorte que les bateaux peuvent naviguer plus longtemps et, là où les règles le permettent, avec un équipage réduit. C'est déjà autorisé en Flandre ; pour le Rhin, la Commission centrale pour la navigation du Rhin prépare les règles. Seafar conduit des bateaux fluviaux à distance depuis 2019, sur les voies navigables belges, néerlandaises et allemandes, ainsi que sur le Rhin.

Pour les chargeurs, cela signifie plus de capacité sur l'eau et une base de coûts plus stable, deux conditions pour qu'un report modal dure.

Vous voulez savoir ce que le report modal ou la conduite à distance peuvent représenter pour vos coûts de transport ? Faites le calcul avec notre calculateur de business case.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur le report modal et le transport multimodal

Qu'est-ce que le report modal ?

Le report modal est le transfert de marchandises d'un mode de transport à un autre, le plus souvent de la route vers le rail ou la voie d'eau, afin de réduire les coûts, les émissions et les embouteillages.

Quelle est la différence entre transport intermodal et transport multimodal ?

Le transport multimodal utilise au moins deux modes de transport sous un seul contrat. Le transport intermodal est une forme de transport multimodal dans laquelle les marchandises restent dans la même unité de chargement, comme un conteneur, pendant tout le trajet.

Quels sont les objectifs européens en matière de report modal ?

La Stratégie européenne de mobilité durable et intelligente vise une hausse du fret ferroviaire de 50 % d'ici 2030 et son doublement d'ici 2050, et une croissance du transport fluvial et maritime à courte distance de 25 % d'ici 2030 et de 50 % d'ici 2050.

Combien de CO2 le report modal vers la voie d'eau permet-il d'économiser ?

Un grand bateau rhénan émet environ 0,031 kg de CO2 par tonne-kilomètre, contre environ 0,105 kg pour un poids lourd avec remorque. C'est environ trois fois moins, selon le sens de navigation, le chargement et le bateau.

Quelles marchandises se prêtent au report modal vers la voie d'eau ?

Les volumes importants et réguliers avec un délai de livraison prévisible conviennent le mieux, comme le vrac, les matériaux de construction, les carburants, les produits chimiques et les conteneurs.

Le report modal fonctionne-t-il si mon site n'est pas au bord de l'eau ?

Oui. En transport intermodal, un camion assure le court trajet vers et depuis le terminal le plus proche, et un bateau couvre la longue distance. Plus le terminal est proche, meilleure est la business case.

Sources de ce guide sur le report modal

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