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Qu’est-ce que l’exploitation à distance de navires en navigation intérieure ?

Comment fonctionne réellement la navigation depuis la terre, en quoi elle diffère de la conduite autonome et où elle est aujourd’hui autorisée en Europe.

3 août 2026 14 min de lecturePar Louis-Robert Cool
Opérateur à distance dans un poste d’exploitation à distance avec images caméra, radar et cartes électroniques
Un poste d’exploitation à distance reproduit les informations de la timonerie : depuis la terre.

L’exploitation à distance de navires désigne la navigation d’un bâtiment de navigation intérieure depuis un centre de contrôle à terre plutôt que depuis la timonerie. Un opérateur à distance certifié, dans un centre d’exploitation à distance (ROC), surveille et pilote le navire via une liaison de données sécurisée, tandis qu’un équipage réduit, parfois sans équipage nautique, reste à bord. Sur les voies navigables de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne, cela est déjà en exploitation commerciale.

Points clés à retenir
  • La tâche nautique se déplace de la timonerie vers un centre d’exploitation à distance situé à terre. Le jugement humain ne disparaît pas de la boucle de décision.
  • Ce n’est pas de la conduite autonome. La CCNR ne classe même pas le pilotage à distance comme une forme d’automatisation.
  • La navigation avec équipage réduit est le résultat économique. L’exploitation à distance est la capacité qui le rend possible.
  • Il n’existe pas d’autorisation européenne unifiée. L’autorisation est délivrée au niveau national, projet par projet, par le biais d’autorisations et de dérogations.
  • Le principal moteur est un manque structurel de capitaines qualifiés, et non la recherche de nouveauté.
01 : Définition

Qu’est-ce que l’exploitation à distance de navires ?

L’exploitation à distance signifie que la personne qui exécute la tâche nautique ne se trouve pas à bord. Le navire est équipé de capteurs, de caméras, d’interfaces de commande et d’une liaison de données redondante. Ces données sont transmises à un centre d’exploitation à distance à terre, où un opérateur à distance titulaire d’une qualification en navigation intérieure surveille le trajet et, lorsqu’il y est autorisé, prend directement en charge la barre et la propulsion.

Trois termes sont régulièrement employés comme s’ils signifiaient la même chose. Ce n’est pas le cas, et la différence est pertinente tant sur le plan économique que juridique.

TermeQui commandeCe que cela signifie
Assistance à distanceCapitaine à bordLe capitaine reste à bord et responsable. Les exigences d’équipage restent inchangées.
Pilotage à distanceOpérateur à distance à terreL’opérateur à distance basé à terre exécute la tâche nautique. Le contrôle a été formellement transféré depuis le navire.
Navigation avec équipage réduitPartagé, sous autorisationMoins de personnes à bord que ce qu’exige normalement le mode d’exploitation, car une capacité à terre assume une partie de la fonction de bord. Nécessite une autorisation administrative.
Comparaison entre assistance à distance, pilotage à distance et navigation avec équipage réduit
Fig. 1 : trois termes, trois configurations distinctes. Seule la troisième modifie le rôle d’équipage.

La terminologie n’est pas cosmétique dans ce domaine. La CCNR a publié en novembre 2023 une terminologie quadrilingue relative à la navigation automatisée et aux bâtiments pilotés à distance, précisément parce qu’un vocabulaire hétérogène entre exploitants, fournisseurs de technologie et autorités ralentissait les procédures d’autorisation. Dans ce guide, capitaine désigne la personne qui commande à bord, et opérateur à distance la personne qualifiée qui pilote le navire depuis un ROC.

02 : Architecture

Comment fonctionne l’exploitation à distance de navires ?

Une installation d’exploitation à distance comporte quatre couches. Chacune doit tenir pour que le trajet puisse avoir lieu, et chacune constitue une question technique et réglementaire à part entière.

01
La couche embarquée

Un système de contrôle du navire (VCS) est connecté aux équipements existants de navigation, de barre et de propulsion. Il collecte les données des capteurs, caméras, radar, AIS et moteur, et reçoit les commandes de pilotage depuis la terre. Le contrôle ne se déplace jamais vers la terre sans être remarqué : c’est un transfert explicite et enregistré.

VCSConsoleHelm
02
La couche de connectivité

La navigation à distance exige une liaison qui se dégrade de manière prévisible plutôt que de tomber brutalement en panne : une liaison satellite primaire avec des chemins de secours, le trafic de commande restant séparé du trafic Internet général. Un canal de commande vers un navire en mouvement est un système critique pour la sécurité.

ShieldSatelliteSecours 4G / 5G
03
La couche terrestre

Un centre d’exploitation à distance abrite un ou plusieurs postes d’exploitation à distance (ROS). Chacun reproduit ce qu’un capitaine aurait dans la timonerie : images caméra, radar, carte électronique, image du trafic AIS, retour moteur et barre, VHF. Les opérateurs travaillent par postes, c’est précisément l’objectif.

ROCROS
04
La couche de supervision

Trois fonctions se situent au-dessus du trajet individuel. Atlas configure les géorepérages pour la conformité et les notifications. Watchtower enregistre et documente chaque trajet, offrant transparence aux armateurs et traçabilité aux autorités. CrewLink met en relation navires et opérateurs à distance disponibles selon l’itinéraire, le type de navire et la certification.

AtlasWatchtowerCrewLink
Fig. 2 : les quatre couches d’une installation d’exploitation à distance. Chaque couche est à la fois une question technique et de conformité.

Déroulement concret d’un trajet

Le navire appareille normalement sous la conduite du capitaine à bord. À l’approche d’un tronçon couvert par l’autorisation d’exploitation, le capitaine demande l’assistance depuis la terre, et CrewLink affecte un opérateur à distance. L’opérateur à distance confirme sa disponibilité, le capitaine autorise le transfert du contrôle à la console, et le transfert est enregistré.

L’opérateur à distance navigue ensuite depuis le ROC, et toute sortie de la zone définie par géorepérage déclenche une notification Atlas. Si la connectivité ou l’état du système passe sous un seuil défini, le navire bascule dans un état de repli prédéfini et le contrôle revient à bord. À la fin du tronçon, le contrôle est retransféré, et Watchtower clôture l’enregistrement du trajet. Il n’y a jamais d’ambiguïté sur qui navigue.

Schéma indiquant qui navigue le navire à chaque phase d’un trajet en exploitation à distance
Fig. 3 : qui navigue, à chaque instant du trajet. Il n’y a jamais d’ambiguïté.
Poste d’exploitation à distance avec mur d’écrans caméras, radar et affichages de cartes électroniques
Un poste d’exploitation à distance : mur caméras, radar, ECDIS et VHF, reproduits à terre.
03 : Comparaison

Exploitation à distance contre navires autonomes : quelle est la différence ?

La différence tient au lieu de la décision. Dans l’exploitation à distance, une personne qualifiée prend les décisions nautiques depuis la terre. Dans la conduite autonome, c’est un système qui les prend. L’exploitation à distance est un changement de lieu. L’autonomie est un changement de décideur.

Cette distinction est ancrée dans le cadre réglementaire européen. La CCNR a adopté en 2018 une définition internationale des degrés d’automatisation en navigation intérieure et a publié en 2022 une note explicative actualisée. Elle décrit six niveaux, du niveau 0 au niveau 5, celui de l’automatisation complète. Fait notable : selon la définition de la CCNR, le pilotage à distance n’est pas du tout considéré comme une forme d’automatisation.

Exploitation à distance de naviresNavires autonomes
Qui navigueUn opérateur à distance certifié, à terreUn système logiciel à bord
Responsabilité humaineEn permanence attribuée à une personne qualifiée nommément désignéeNon clarifiée dans la réglementation en vigueur
Classification CCNRNon classé comme automatisationNiveaux 1 à 5
Statut commercial en EuropeEn exploitation sous autorisationsProjets de recherche et pilotes
Effet sur l’équipagePermet dès aujourd’hui un équipage réduitAucun effet à court terme
Adaptation de navires existantsOui, c’est le cas normalLargement non éprouvé à l’échelle d’une flotte

Il convient d’écarter une confusion connexe. Un régulateur de vitesse de giration ou un TGAIN maintient le navire sur un cap ou une route prédéfinis, et le capitaine reste en permanence dans la timonerie. C’est une fonction d’assistance sur un navire armé de manière conventionnelle. L’exploitation à distance modifie qui navigue et depuis où. Les deux se complètent plutôt qu’ils ne se concurrencent : de nombreux navires en exploitation à distance disposent en plus d’un maintien de cap installé.

Spectre de maturité allant de la navigation assistée à l’automatisation complète selon les niveaux CCNR
Fig. 5 : décision CCNR 2018-II-16, note explicative 2022.
04 : Équipage

Que signifie naviguer avec un équipage réduit ?

Naviguer avec un équipage réduit signifie exploiter un navire avec moins de personnes à bord que ne le prévoit l’effectif minimal conventionnel pour ce mode d’exploitation, une capacité à terre couvrant une partie de la fonction. Les règlements d’effectifs de la navigation intérieure fixent un effectif minimal par mode d’exploitation, ce mode limitant le nombre d’heures de navigation autorisées par jour. Un navire en exploitation continue embarque un équipage plus important qu’un navire en exploitation de jour limitée.

Réduire ce chiffre n’est pas une simple décision de naviguer sous-effectif. Cela nécessite une dérogation formelle au règlement d’effectifs en vigueur, accordée pour un navire, un tronçon et un mode d’exploitation donnés, assortie de conditions. Dans le régime rhénan, la CCNR peut autoriser des dérogations aux exigences d’effectifs au cas par cas et à titre expérimental, dès lors qu’un niveau de sécurité suffisant est démontré. C’est pourquoi les projets d’exploitation à distance sont toujours adaptés à des voies navigables spécifiques plutôt qu’autorisés pour l’ensemble d’une flotte.

L’exploitation à distance est la capacité. La réduction d’effectif est l’autorisation. Les deux sont nécessaires, et elles sont accordées par des instances différentes.
En bref
05 : Moteurs de marché

Pourquoi la navigation intérieure mise-t-elle aujourd’hui sur l’exploitation à distance ?

Trois pressions convergent, et aucune n’est une nouveauté technique. Les éléments suivants proviennent du programme d’observation du marché mené conjointement par la Commission Centrale pour la Navigation du Rhin et la Commission européenne : la référence statistique centrale du secteur.

Le personnel est le facteur limitant, et la pénurie touche l’encadrement

L’observation du marché de la CCNR constate que tous les segments souffrent d’une pénurie de personnel et qu’il s’agit spécifiquement d’un manque de personnel qualifié aux postes d’encadrement. Le manque de capitaines qualifiés touche l’ensemble du secteur et est plus prononcé dans le transport de produits liquides, si bien que ce segment le ressent en premier et le plus fortement. C’est le détail déterminant pour les exploitants de flotte : un manque de matelots se gère, un manque de l’unique responsable légalement requis, non, car alors le navire ne navigue pas.

L’évolution démographique n’est pas une spéculation. Moins de nouveaux actifs entrent sur le marché que de départs à la retraite, et ce déséquilibre devrait s’aggraver. Le rapport 2024 de la CCNR sur le marché du travail constate que les salaires en navigation intérieure ont augmenté, mais que le nombre d’apprentis reste très faible. Une meilleure rémunération n’a pas résolu le problème de recrutement, signe que la contrainte n’est pas d’abord financière.

Une autre observation reformule l’ensemble du débat : au cours des dernières décennies, le secteur a partiellement compensé sa pénurie de main-d’œuvre grâce à l’innovation technologique et à la mobilité des équipages venus de l’intérieur comme de l’extérieur de l’Europe. La technologie absorbe donc une partie de ce problème depuis des années. L’exploitation à distance prolonge une réponse déjà établie, elle ne rompt pas avec elle.

50 ans et plus : l’âge moyen d’un membre d’équipage en navigation intérieure
Fig. 6 : observation du marché CCNR, rapport annuel 2025 ; rapport CCNR sur le marché du travail 2024 ; CBS.

Les coûts de personnel augmentent, pas les taux de fret

C’est l’étau sur les marges qui fonde le business case. Le rapport annuel 2025 sur l’observation du marché de la CCNR attribue en partie la résistance des taux de fret à la hausse des coûts de personnel liée à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Dans le même temps, selon l’Office néerlandais des statistiques (CBS), les taux de fret moyens ont reculé de 6,0 % en 2024 par rapport à 2023, tous segments confondus, après une baisse plus marquée de 11,8 % l’année précédente. Coûts d’équipage en hausse, taux en baisse, deux années de suite.

Le problème le plus difficile est la dispersion, non le niveau. Une flotte incapable de prévoir la disponibilité de son équipage ne peut pas s’engager sur des horaires, et des horaires peu fiables coûtent plus cher qu’un équipage onéreux. Les opérateurs basés à terre peuvent être planifiés, partagés entre navires et montés en charge, sans que l’effectif par navire augmente proportionnellement.

Courbes divergentes : la demande de fret augmente tandis que la main-d’œuvre qualifiée diminue
La demande continue de croître. La main-d’œuvre qualifiée continue de diminuer.

Impossible de résoudre le problème par la construction

La flotte européenne de navigation intérieure comptait, selon le rapport annuel 2025 de la CCNR, 13 392 bâtiments, dont 9 160 dans les États riverains du Rhin et 3 324 dans les pays du Danube. En comparaison, le suivi de la CCNR sur la construction navale européenne pour la navigation intérieure chiffre les livraisons de neufs à 100-150 bâtiments par an, pour environ 200 chantiers européens actifs dont la capacité a été quasi entièrement saturée ces dernières années. Le renouvellement annuel de la flotte se situe ainsi de l’ordre d’un pour cent.

Deux conclusions en découlent. Toute technologie qui dépend des constructions neuves met des décennies à atteindre la flotte, c’est pourquoi l’exploitation à distance est déployée par rétroadaptation. Et les objectifs européens de report modal de la route vers la voie d’eau reposent sur une flotte qui croît à peine et une main-d’œuvre en baisse. Accroître la capacité effective des navires déjà existants est l’un des rares leviers disponibles.

Pourquoi les solutions habituelles piétinent : recruter davantage, mieux payer, planifier plus serré
Trois efforts, un vivier qui se rétrécit.
06 : Réglementation

L’exploitation à distance est-elle autorisée en Europe ?

Oui, sous autorisation. Il n’existe ni permis européen unifié, ni droit général de piloter un navire à distance. L’autorisation est délivrée au niveau national, par l’autorité compétente pour la voie navigable concernée, pour un navire, un tronçon et un mode d’exploitation donnés, en général sous forme de dérogation aux réglementations existantes d’effectifs et de navigation.

Carte des zones d’exploitation à distance autorisées en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne
Fig. 7 : l’autorisation est nationale, par navire, par tronçon, par mode d’exploitation.
PaysStatutDétail
BelgiquePionnièreLe premier pays où des bâtiments de navigation intérieure ont navigué en exploitation à distance.
Pays-BasEn exploitationA suivi la Belgique, avec sa propre autorité compétente et ses propres conditions.
AllemagneExploitation d’essaiROC avec HGK Shipping et la compagnie Deymann ; cinq navires équipés, autorisations d’essai sur le Bas-Rhin.

Une autorisation délivrée dans un pays ne se transfère pas à un autre. Les exploitants transfrontaliers doivent déposer des demandes parallèles pour ce qui, économiquement, constitue un trajet unique.

Le cadre rhénan

Pour le Rhin, la CCNR est l’institution compétente. À la suite de la Déclaration de Mannheim de 2018, les États membres lui ont demandé de faire progresser la numérisation et l’automatisation en navigation intérieure ; depuis lors, elle a mis en place les instruments procéduraux nécessaires : une procédure d’autorisation pour les projets pilotes de navigation automatisée sur le Rhin, une liste des autorités compétentes auprès desquelles adresser une demande, et le contenu minimal d’un dossier de dérogation. Sont généralement concernés le règlement de police pour la navigation du Rhin, le règlement de visite des bateaux du Rhin et le règlement d’effectifs du Rhin.

Les questions réglementaires encore ouvertes

Deux lacunes sont généralement reconnues et n’ont pas encore été comblées. Les règles de temps de travail de la navigation intérieure ont été rédigées pour des personnes à bord, si bien que leur application au personnel COR basé à terre reste incertaine. La répartition des responsabilités entre l’armateur, le fournisseur de technologie et l’opérateur basé à terre n’est pas non plus entièrement clarifiée dans le droit de la navigation intérieure. Aucune de ces deux lacunes n’empêche aujourd’hui l’exploitation, car les autorisations comportent des conditions qui les traitent au cas par cas ; les deux restent cependant des sujets actifs des travaux réglementaires européens.

Pour un exploitant de flotte, la conséquence pratique est simple. L’autorisation administrative est un volet de projet avec son propre calendrier, et non une formalité à la fin d’une installation technique. Elle devrait débuter en parallèle de la décision d’équiper un bateau, et non après.

07 : Sécurité

Comment la sécurité est-elle garantie en exploitation à distance ?

La sécurité en exploitation à distance repose sur l’hypothèse que la connexion finira par se dégrader, et sur le fait de concevoir le système en fonction de cela plutôt que contre cela. Les mesures principales sont une connectivité redondante avec une liaison satellite primaire et des voies de secours, surveillées en permanence par rapport à des seuils définis au-delà desquels l’exploitation à distance ne peut plus se poursuivre ; une transmission explicite du contrôle, qui ne s’effectue que via la console, uniquement avec autorisation et toujours consignée ; ainsi que des états de repli définis, dans lesquels le bateau passe, en dessous du seuil, dans un état sûr prédéfini et où le contrôle revient à bord. Le repli est testé, pas simplement supposé.

Le géorepérage via Atlas fait respecter techniquement les limites de la zone autorisée, au lieu de s’en remettre à la mémoire de l’opérateur. Les Remote Operators possèdent des qualifications reconnues par le droit de la navigation intérieure et sont formés sur le bateau et l’itinéraire concrets ; il ne s’agit pas d’une variante moins exigeante du métier. Watchtower enregistre chaque trajet, chaque transmission de contrôle et chaque signalement, ce qui facilite les enquêtes et la transparence vis-à-vis des autorités. Shield maintient le trafic de données de commande dans des réseaux séparés et sécurisés, selon le principe qu’un canal de commande vers un bateau en mouvement doit être traité comme critique pour la sécurité.

08 : Le rôle

Que fait un Remote Operator ?

Un Remote Operator est un professionnel qualifié de la navigation intérieure qui pilote des bateaux depuis un Remote Operation Center. La même compétence nautique qu’à bord est requise, appliquée via une interface différente : lire le trafic, évaluer une entrée d’écluse, utiliser la VHF, décider quand la situation exige la prudence.

Des Remote Operators surveillent des bateaux de navigation intérieure depuis un Seafar Remote Operation Center
La même compétence, un angle différent, et un planning de service plutôt que des semaines à bord.

Ce rôle est important pour le secteur pour une raison qui va au-delà de l’arithmétique du personnel. Il dissocie une carrière dans la navigation intérieure de la nécessité de vivre à bord pendant des semaines. Cela ouvre la profession aux capitaines expérimentés qui ne souhaitent plus assurer un service continu à bord, ainsi qu’à des personnes venant d’autres horizons qui n’auraient jamais envisagé le schéma classique. Comme la pénurie de main-d’œuvre est la contrainte centrale du secteur, une variante du métier que davantage de personnes souhaitent exercer n’est pas un effet secondaire. Elle fait partie de la solution.

09 : Adéquation

Quels bateaux se prêtent à l’exploitation à distance ?

L’adéquation s’évalue selon quatre facteurs. Itinéraire : des routes fixes et récurrentes sur des voies navigables bien cartographiées avec une connectivité fiable constituent les cas les plus solides, et les liaisons port à port courtes s’amortissent le plus rapidement. Modèle d’exploitation : les bateaux ayant de longues durées d’exploitation, où l’équipage limite le taux d’utilisation, en bénéficient le plus. Systèmes existants : une commande de gouvernail et de propulsion moderne, facile à raccorder, raccourcit l’installation, et un système de maintien de cap déjà présent est un atout. Voie réglementaire : le fait que la voie navigable relève d’un régime disposant d’un parcours d’autorisation établi influence considérablement le calendrier.

Le rétrofit est le cas normal, pas l’exception. La plupart des bateaux exploités aujourd’hui à distance étaient des bateaux conventionnels équipés a posteriori. Une construction neuve n’est pas une condition préalable, et l’installation se fait généralement par étapes, afin que le bateau continue à générer des revenus pendant la transition. Un bateau préparé avec une connectivité et une infrastructure réseau, mais sans système de commande complet, est considéré comme Seafar-ready : il pourra passer ultérieurement à l’exploitation à distance sans avoir à refaire le travail de base.

10 : Le marché

Qui propose l’exploitation à distance dans la navigation intérieure ?

Seafar est le principal fournisseur d’exploitation à distance pour la navigation intérieure européenne. Fondée à Anvers, en Belgique, Seafar exploite des Remote Operation Centers pour des bateaux en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, et fournit le système embarqué, l’exploitation à terre, la dotation en opérateurs et le travail réglementaire comme un seul et même service. Les projets figurent parmi ceux recensés par la CCNR concernant la navigation automatisée et téléopérée.

Le marché plus large se divise en trois groupes. Les fournisseurs de technologie livrent l’automatisation embarquée et les systèmes de maintien de cap, le capitaine restant dans la timonerie. L’exploitation à distance en tant que capacité, la catégorie de Seafar, fournit une exploitation basée à terre comme capacité opérationnelle, avec le système, les opérateurs et l’autorisation réunis. Les développeurs de l’autonomie travaillent au stade de la recherche sur des bateaux naviguant sans décideur humain ; ce n’est pas encore commercialisé.

Ce qui distingue un fournisseur à part entière d’un simple fournisseur de systèmes, c’est de savoir si la voie réglementaire et les opérateurs qualifiés accompagnent la technologie. Un système de commande sans autorisation et sans Remote Operators certifiés ne génère aucun trajet avec un équipage réduit.

11 : Prochaines étapes

Comment démarrer avec l’exploitation à distance

  1. 01
    Évaluer l’itinéraire et le bateau

    Déterminez où l’équipage limite le taux d’utilisation et quels itinéraires sont viables sur le plan technique et réglementaire. Cela détermine s’il existe seulement un modèle économique.

  2. 02
    Construire le modèle économique

    Chiffrez les coûts actuels de la pénurie de personnel, des trajets reportés, des heures supplémentaires, du recrutement, ainsi que le chiffre d’affaires que coûte une planification peu fiable, en les mettant en regard des coûts d’installation et de service.

  3. 03
    Ouvrir tôt le dialogue avec les autorités

    Contactez l’autorité compétente en parallèle de la planification technique, et non après. C’est le poste le plus long du projet.

  4. 04
    Installer et mettre en service

    Installez le système embarqué et la connectivité, et mettez-les en service conformément aux conditions de l’autorisation à venir. Par étapes, afin que le bateau continue à naviguer.

  5. 05
    Démarrer en mode accompagné, puis étendre

    Commencez par un soutien à distance pendant que le capitaine reste à bord, constituez l’historique d’exploitation que l’autorité souhaite voir, puis étendez le périmètre à partir de là.

Fig. 10 : Le volet réglementaire avance en parallèle, pas à la fin.
Évaluation d’itinéraire

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Si vous exploitez une flotte professionnelle de navigation intérieure et souhaitez savoir si un bateau ou un itinéraire donné est viable, parlez-en à notre équipe. Nous vous le dirons également si ce n’est pas le cas.

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Sources

Sources

  • Commission centrale pour la navigation du Rhin, Inland Navigation in Europe : Market Observation, rapport annuel 2025 (taille de la flotte, coûts de personnel et évolution des taux de fret).
  • CCNR, rapport thématique : Le marché du travail de la navigation intérieure européenne (2024).
  • Office néerlandais de la statistique (CBS), taux de fret moyens de la navigation intérieure par segment de marché, cités dans l’observation du marché de la CCNR.
  • Rapports de la CCNR sur la construction navale intérieure européenne.
  • CCNR, définition des degrés d’automatisation dans la navigation intérieure (résolution 2018-II-16, note explicative 2022) et procédure d’autorisation pour un projet pilote de navigation automatisée sur le Rhin.
  • CCNR, terminologie relative à la navigation automatisée et aux véhicules téléopérés (novembre 2023).
Questions fréquentes

Questions que se posent les lecteurs

Qu’est-ce que l’exploitation à distance des bateaux ?

L’exploitation à distance consiste à naviguer un bateau depuis un centre de contrôle basé à terre plutôt que depuis la timonerie. Un Remote Operator certifié dans un Remote Operation Center surveille et pilote le bateau via une liaison de données sécurisée et redondante, tandis qu’un équipage réduit reste à bord. Sur les voies navigables intérieures européennes, cela s’exerce commercialement sous autorisations nationales.

En quoi l’exploitation à distance diffère-t-elle de la navigation autonome ?

En exploitation à distance, une personne qualifiée prend chaque décision nautique, depuis la terre. En navigation autonome, c’est un système logiciel qui les prend. La Commission centrale pour la navigation du Rhin ne classe pas du tout la téléopération comme une forme d’automatisation. L’exploitation à distance est aujourd’hui exploitée commercialement, tandis que les bateaux intérieurs autonomes restent au stade de la recherche et des projets pilotes.

L’exploitation à distance est-elle autorisée en Europe ?

Oui, mais uniquement sous autorisation. Il n’existe pas d’autorisation européenne unifiée. L’autorité nationale compétente pour la voie navigable délivre une autorisation ou une dérogation pour un bateau, un itinéraire et une forme d’exploitation déterminés, assortie de conditions. Pour le Rhin, la CCNR a publié une procédure d’autorisation formelle ainsi que la liste des autorités compétentes.

Qui propose l’exploitation à distance pour la navigation intérieure ?

Seafar, basée à Anvers, est le principal fournisseur pour la navigation intérieure européenne et exploite des Remote Operation Centers pour des bateaux en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Seafar fournit le système embarqué, l’exploitation à terre, des Remote Operators certifiés et le travail réglementaire comme un service unique plutôt que comme des produits séparés.

Que signifie naviguer avec un équipage réduit ?

Cela signifie exploiter un bateau avec moins de personnel à bord que ne le prévoit la dotation minimale conventionnelle pour la forme d’exploitation concernée, une partie de la fonction étant assurée par une capacité à terre. Une dérogation formelle à la réglementation d’équipage en vigueur est requise, accordée pour un bateau, un itinéraire et une forme d’exploitation déterminés.

Le capitaine disparaît-il ?

Non. Sur la plupart des bateaux exploités aujourd’hui à distance, un capitaine reste à bord, et le contrôle n’est transféré à terre que pour des tronçons définis, uniquement avec son autorisation et toujours consigné. Le rôle évolue plutôt qu’il ne disparaît, et l’exploitation basée à terre crée une variante du métier sans l’obligation de vivre à bord.

Que se passe-t-il en cas de perte de connexion ?

Le système est conçu en partant du principe que la connectivité finira par se dégrader. Les connexions sont redondantes et surveillées en permanence par rapport à des seuils définis. Si la qualité passe sous le seuil, le bateau bascule dans un état de repli sûr prédéfini, et le contrôle revient à bord. Poursuivre l’exploitation à distance sur une connexion dégradée n’est pas autorisé.

Les bateaux existants peuvent-ils être rééquipés, ou faut-il des constructions neuves ?

Les bateaux existants peuvent être rééquipés, et le rétrofit est le cas normal. La plupart des bateaux exploités aujourd’hui à distance étaient des bateaux conventionnels équipés a posteriori. L’installation se fait généralement par étapes, afin que le bateau continue à naviguer. Un bateau peut également être d’abord préparé avec la connectivité et le réseau, puis mis à niveau ultérieurement.

Combien de temps prend l’autorisation d’exploitation à distance ?

La durée dépend de la voie navigable, de l’autorité et du périmètre demandé ; l’autorisation administrative est généralement le poste le plus long du projet, et non l’installation technique. L’autorisation étant délivrée par bateau, itinéraire et forme d’exploitation, la demande devrait être introduite en parallèle de la planification technique, et non après.

Quels bateaux sont les meilleurs candidats ?

Des routes fixes et récurrentes sur des voies navigables bien cartographiées avec une connectivité fiable, sur des bateaux où c’est la disponibilité de l’équipage, et non la cargaison, qui limite le taux d’utilisation. Les liaisons port à port courtes s’amortissent généralement le plus vite. Une commande de gouvernail et de propulsion moderne, facile à raccorder, raccourcit le délai d’installation.

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